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MIKHAIL LARIONOV

La voie vers l'abstraction

Calomniez, calomniez,
il en restera toujours quelque chose…

Suite : Post-Scriptum »
McCrone Research Institute, Rapport d'analyse

Animé par la volonté de connaître et de faire connaître la vérité sur l’authenticité des œuvres et avec l’accord du directeur du musée, au terme de l’exposition, je faisais saisir par huissier l’ensemble des œuvres ayant composé cette exposition1 . J’ai initié cette saisie pour deux raisons : premièrement, je ne voulais pas que pour quelques raisons que ce soit (affolement des propriétaires ou autre) les œuvres puissent disparaître. Deuxièmement, ayant pressenti des manipulations frauduleuses, j’avais peur que des mains criminelles puissent les toucher. Ma seule motivation était la protection et la sauvegarde des œuvres en vue d’assurer la démonstration de la vérité et non moins de protéger les œuvres de la destruction que François Daulte, ses collègues et la ville de Genève qui leur avait emboité le pas demandaient avec insistance. Ainsi, quand en vue de faire taire mes protestations, la ville de Genève se sentit obligée de déposer une plainte pénale pour me faire taire et que le Procureur demanda la saisie des œuvres, il eut la surprise de constater que cette saisie avait déjà eu lieu… à mon initiative.

Au cours d’une instruction que l’on faisait trainer à dessein en épuisant de façon méthodique tous les délais légaux, j’allais apprendre que les soi-disant analyses chimiques américaines qui avaient servi de tremplin d’attaque au marchandes new yorkaises, n’avaient d’analyse que le nom. Il s’agissait tout simplement d’une attestation de complaisance, alors que d’autres analyses réalisées auparavant par le même laboratoire de Chicago avaient conclu à l’authenticité des pigments2 . L’instruction a par ailleurs été émaillée de façon permanente des documents fallacieux, fausses lettres et fausses attestations, jusqu’à un faux dossier « criminel » que l’on fit atterrir dans la boîte à lettres de l’Interpol, et de là, sur le bureau du juge d’instruction genevois. Cette extravagance m’a conduit à saisir en France la Commission « Informatique et liberté », démarche qui allait m’apporter la confirmation de mes suppositions3 . Il serait fastidieux d’énumérer les faux journalistes qui me furent envoyés et les fausses lettres d’insultes qui furent envoyées en mon nom. On alla jusqu’à m’envoyer une équipe de la télévision suisse pour m’interviewer. Tout en ayant été annoncée par la presse genevoise pour le début septembre 1988, l’émission fut déprogrammée au dernier moment…4. Une fois de plus je n’ai pas eu la possibilité de m’exprimer publiquement.

De nombreux articles circulaient d’un journal à l’autre et continuent à ce jour à alimenter périodiquement des attaques d’arrière garde5 . Fait rarissime, je réussis même à faire condamner en 1993 le journal « La Tribune de Genève » pour des propos diffamatoires. Chaque « droit de réponse » fut obtenu au pris d’actions en justice. Ironie de l’histoire : la journaliste genevoise qui s’est laissée piéger par ce « sujet à succès » allait recevoir pour ses reportages bombastiques un prix de « meilleur reportage suisse » pour l’année 1988…

Le 10 novembre 1995 le tribunal de Genève m’attribuant finalement un « non-lieu ». Dès 1995 un des signataires de l’infamante « lettre ouverte » de 1988 allait revenir sur son opinion et acceptait avec quelques réserves l’authenticité des œuvres6 . D’autres historiens d’art allaient le suivre timidement, la majorité attendant toujours quelque confirmation officielle pour se ranger dans le camp de l’opinion autorisée… L’affaire pouvait sembler arrivée à bon port quand la ville de Genève déposait sans tarder une nouvelle plainte pénale cette fois-ci contre les seules œuvres7 . On demandait, une fois de plus, la destruction pure et simple des œuvres ayant constitué l’exposition.

Il s’en ait suivi une deuxième bataille juridique dans laquelle je me suis porté partie civile en défense des œuvres contre la ville de Genève8 qui continuait à réclamer la destruction des « faux ». Au terme de plusieurs années de procédures, la justice genevoise est arrivée en l’an 2000 à un compromis typiquement suisse : « ni pour ni contre, mais juste au contraire » : le tribunal permettait la restitution des œuvres à leurs propriétaires à la condition que ces œuvres soient estampillées au dos avec un cachet attestant de leur « fausseté » et indiquant leur inclusion dans l’exposition de 1988. Ce cachet9 ubuesque constitue aujourd’hui une preuve fort originale du rôle historique que ces œuvres ont joué dans la connaissance moderne de l’œuvre de Larionov et dans celle du début de l’art abstrait, sujet qui comme il s’est avéré rencontre toujours des résistances. On conclurait que l’histoire de l’art ne se fait pas dans le labyrinthe juridique de procédures interminables et encore moins dans les approximations fantaisistes des quotidiens à grand tirage. Quant à l’avenir de cette partie essentielle de l’œuvre de Mikhaïl Larionov il est maintenant, de nouveau ouvert pour les salles d’exposition. Il n’attend qu’à être pris en main par les historiens de l’art : c’est le but de ce site internet.

 

1

Cette saisie fut réalisée en accord avec le directeur du Musée d'Art et d'Histoire de Genève le 19 mai 1988 par l'huissier Jean Staehli.

2

Réalisées par Walter McCrone, chimiste privé établi à Chicago : 23 juillet 1987, à la demande de Barry Friedman Ltd., New York., L'analyse, effectuée par ce laboratoire est positive et authentifie les œuvres. McCrone conclut : " There is little doubt in my mind that the two pieces are contemporary, probably from the same studio and dated early in this century. " Dans un autre écrit, envoyé par McCrone le 30 mars 1988 le même chimiste se contredisait …Une autre « analyse » (de complaisance) fut réalisée « à titre privé » par la chimiste new-yorkaise Eugenia Ordonez, technicienne qui se disait affiliée au Museum of Modern Art de New York . Contactée à plusieurs reprises par le professeur W. Stern l’expert nommé par le tribunal de Genève, l’analyste américaine n’a jamais répondu.

Voir le facsimilé du rapport d'analyse [  ]

3

J’ai introduit à Paris en mai 1994 une « action d'information » auprès de la CNIL (Commission Nationale Informatique et Libertés). Suite à une enquête auprès de divers services de la Police Nationale, il s'est avéré que le dossier de la Police Nationale ne contient aucune trace des pièces transmises à Genève par la voie administrative (Action close le 24 octobre 1994).

4

La station de télévision « Suisse romande » de Genève a préparé durant l'été 1988 une émission consacrée à l' « Affaire Larionov ». Une équipe de quatre personnes s'est déplacée à Paris en juin 1988 pour m’interviewer. Suite à la demande de mon avocat de visionner les déclarations qui me seraient attribuées avant leur mise à l’antenne, l'émission - déjà annoncée dans les programmes publics - a été tout simplement déprogrammée en dernière minute sans aucune explication.

5

Alimentées probablement par les mêmes sources, la revue américaine Artnews est un organe de la presse qui reprend périodiquement ces attaques.

6

Cf. Pospelov, Gleb, « Falshivye raboty : smertnaja kazn' ili pozhiznennoe zakljuchenie » (Les faux : condamnation à mort ou emprisonnement à vie ?) in Kommersant Daily, Moscou, le 26 décembre 1995, et une autre interview de Gleb Pospelov réalisée à Moscou par Nina Maharachvili, parue dans La pensée russe n° 4296, Paris 9-15 décembre 1999. p. 18.

7

La « Requête en confiscation et destruction » des œuvres fut introduite par le Procureur de la République et du Canton de Genève le 23 novembre 1995.

8

En 1996, la ville de Genève allait être déboutée de cette action.

9

Mettant fin au séquestre, ce cachet fut apposé sur les œuvres en mars 2002 dans les locaux du Musée d’Art et d’Histoire de Genève.

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