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MIKHAIL LARIONOV

La voie vers l'abstraction

Faute de
spécialistes,
le marché
fait la loi

Suite :
Dépasser l’écran des pastels »

La contestation de l’authenticité des œuvres bénéficiait d’un vide total du point de vue de l’histoire de l’art. Terrorisés par les révélations fallacieuses de la presse, les historiens d’art ou assimilés qui avaient, au départ, tous suivi mon attribution disparaissaient soudainement du devant de la scène. Aucun parmi eux n’eut le courage d’affirmer une opinion personnelle. Pétrifiés par le spectre du faux, aucun d’eux ne s’adressa à moi, fut-ce en privé pour demander mon commentaire. Ainsi lors d’un colloque organisée à Paris en 1995, réunion muséale aux ambitions scientifiques au cours de laquelle François Daulte fut reçu en persona grata, l’historien d’art belge qui fut chargé à présenter de façon apparemment improvisée l ‘« affaire Larionov », résuma-t-il son intervention à la seule citation de quelques extraits d’articles de presse (mais sans mentionner aucune de mes réponses). N’étant pas invité à la tribune, je fus obligé de l’interrompre pour faire connaître au moins quelques éléments du dossier.

Réduites à la seule dimension d’un « fait divers », la presse véhiculait, avec un appétit non dissimulé pour le scandale, les seules accusations formulées par le commerce de l’art (principalement François Daulte qui ne se privait pas de donner des interviews accusatoires). Spécialiste quelque peu contesté de l’impressionnisme français (la diffusion de son « Catalogue raisonné » de Renoir avait été légalement interdite en France par les descendants du peintre), à Genève, Daulte s’érigeait soudainement en expert de Larionov, titre largement usurpé et qui ne s’appuyait que sur quelques articles superficiels et introductions aux catalogues d’expositions commerciales.

Incapable de répondre à mes questions lors de la confrontation publique qu’il avait lui-même hourdie, (émission de la télévision Suisse Romande en date du 24 mai 1988) Daulte battait rapidement en retraite en disant à l’occasion ne pas avoir la prétention d’être un spécialiste de l’époque ni de l’école Russe, ce qu’il clamait par ailleurs de façon tonitruante dans ses déclarations à la presse helvétique et dans sa « dénonciation » envoyée à la justice genevoise à la date bien symbolique du 14 septembre 1987 1 .

En cette « fin de règne » du régime soviétique, une contestation parallèle fut orchestrée à Moscou sous la forme d’une « lettre ouverte » par ce même François Daulte. Cette « lettre ouverte », paraissait dans l’hebdomadaire moscovite Sovetskaja kultura (La culture soviétique)2 . Contresignée par trois historiens d’art soviétiques, qui ne se gênaient pas d’avouer qu’ils n’avaient pas vu l’exposition, cette lettre condamnait néanmoins l’ensemble des œuvres. Les auteurs se déclaraient en même temps impuissants à juger ces œuvres… « faute d’avoir pu étudier suffisamment l’art de l’époque en question » (1907-1915) disaient-ils ouvertement.

 

1

Date du premier anniversaire de la mort d’Alexandra Tomiline-Larionov, la veuve du peintre.

2

Cf. « Vystavka poddelok » (Une exposition de faux), lettre ouverte signée par les historiens d'art soviétiques Evgueny Kovtun, Gleb Pospelov et Dmitri Sarabianov paru dans Sovetskaja kul'tura (La culture soviétique), Moscou, le 18 juin 1988.

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