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MIKHAIL LARIONOV

La voie vers l'abstraction

L’historique
des pigments :
analyses et
documentation d’époque

Suite : Calomniez, calomniez,… »
Lettre de Larionov à Kandinsky

Quant aux pigments incriminés, au départ de la campagne de presse (le 8 avril 1988) le blanc de titane (TiO2) fut érigé en étendard de la contestation. Lorsque j’ai eu l’occasion de m’exprimer publiquement à ce sujet, en émettant des doutes fondés sur des références historiques et en particulier russes (sujet que l’on avait soigneusement évité d’évoquer auparavant), ce pigment a soudainement disparu du discours accusateur pour être remplacé par le « Bleu de manganèse  »1 . Or, le « Bleu de manganèse » existait bel et bien depuis le milieu du 19ème siècle !

Aucune référence fiable quant aux pigments utilisés par Larionov n’a été évoquée pour la simple raison que jusqu’alors personne n’avait étudié les pigments de ce peintre. Mis au pied du mur par la campagne de presse, aussi bien que par les injonctions légales que lui adressait mon avocat Maître Pierre Schifferli, le Musée d’Art et d’Histoire a annoncé plusieurs semaines après la fin de l’exposition, des résultats d’« analyses » que l’on prétendait avoir été « effectuées par son propre laboratoire"… Or, au cours des débats auprès du tribunal, il s’est avéré qu’il n’existait aucune trace matérielle de ces « analyses » ; elles n’avaient pas été « documentées », donc autant dire, qu’elles n’avaient tout simplement pas eu lieu2 .

J’avais de mon côté fait procéder à titre privé, à des analyses sur des pastels de la même provenance. Elles m’ont permis d’identifier avec précision le pigment blanc utilisé par Larionov, il s’agissait d’un blanc de zinc, particularisé dans ce cas par une forte charge de Baryum (Ba). Ces analyses étaient diligentées auprès de plusieurs laboratoires du CNRS (Grenoble, Lyon, Cadarache, Nancy) par un chimiste indépendant. Leur synthèse a été effectuée par le laboratoire « Cara » d’Avignon (cf. rapport d’analyse daté du 19 avril 1989). Le tribunal de Genève ayant nommé un expert suisse, une confrontation a eu lieu le 17 novembre 1992. Des analyses complémentaires demandées par la suite ont reconfirmé les résultats de l’analyse du 19 avril 1989, c’est-à-dire l’absence du blanc de titane de synthèse dans les pigments des pastels incriminés. Par ailleurs, des analyses conduites par le Laboratoire des Musées de France (le laboratoire du Louvre à Paris) sur des œuvres de Larionov reçues à titre de dation par les Musées nationaux révélaient elles aussi en 1995 dans les mêmes termes le pigment blanc de Zinc à forte charge de Baryum (Ba) que l’on retrouvait dans les peintures de Larionov, œuvres reçues directement de l’héritage de la veuve et qui constituaient à ce titre une référence indiscutable3 .

Poursuivant mes recherches historiques, je parvins à trouver au début des années 1990, des documents de la main de Larionov et de la même période (1911-12) où il nommait explicitement les produits du fabricant moscovite Dosekin… dont il recommandait l’utilisation à son ami Kandinsky4 . Grâce à cette correspondance inédite je fermais ainsi la boucle des recherches historiques que la contestation vicieuse des œuvres m’a obligé à effectuer.

 

1

Voir l’article « définitif » (sic !) de La Tribune de Genève datée du 30 avril 1988 qui fonde son accusation sur la « présence » de ce pigment. Les analyses ordonnées en 1992 par le tribunal de Genève et réalisées par le prof. W. Stern de Bâle, l’expert choisi par ce tribunal confirmaient sans aucune ambiguïté que ce pigment ne se trouvait pas dans les pastels incriminés.

On ajoutera que le bleu de manganèse est un pigment très facile à détecter, ce en raison de la simplicité avec laquelle on identifie le manganèse, métal au poids spécifique parfaitement déterminé.

2

Voir les attendus du jugement contre La Tribune de Genève, daté du 23 septembre 1993, journal qui fondait son accusation sur la prétendue « présence » de ces pigments.

3

Cf. Jean-Paul Rioux, Geneviève Aitken et Alain Duval, « Matériaux et techniques des peintures de Nathalie S. Gontcharova et de Michel F. Larionov du Musée national d’art moderne » in Techne, Paris 1998, n° 8, p. 1732.

4

Cette documentation épistolaire fait partie des archives Kandinsky (coll. Münter-Eichner) conservées à la Städtische Galerie Lenbachhaus de Munich. Lors de ma première visite à ces archives elle était classée « non identifiée », car personne ne s’était occupé des manuscrits cyrilliques. À l’émission de télévision du 24 mai 1988, François Daulte exhibait de façon théâtrale une boîte de pastels français en indiquant qu’il s’agissait des pastels utilisés par Larionov (D’où les tenait-il par ailleurs ?).

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