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MIKHAIL LARIONOV

La voie vers l'abstraction

À la fin de l’année 1986, j’ai été sollicité quasi simultanément par les directeurs de deux musées européens, le Musée d’Art et d’Histoire de Genève et la Schirnkunsthalle de Francfort, la dernière commençant à présenter des expositions consacrées à l’avant-garde russe, sujet qui éveillait l’attention un peu partout en Europe occidentale et en Allemagne en particulier. Faute de temps, je refusais dans un premier mouvement d’entreprendre tout projet d’exposition. Me rappelant néanmoins l’existence des œuvres sur papier de Larionov que j’avais examinées récemment, je proposais peu après leur exposition aux directeurs des deux musées. La réponse fut aussi immédiate qu’enthousiaste. La qualité des œuvres était l’argument majeur parlant en leur faveur. Poursuivant mon interrogation sur la voie qui a conduit Larionov à sa première abstraction, c’est-à-dire au rayonnisme de 1912, j’effectuais rapidement une sélection d’œuvres représentative de cette évolution et donnais en conséquence à l’exposition le titre bien significatif « La voie vers l’abstraction »1. Il me fut d’autant plus facile d’établir ma sélection, que comme me l’a dit l’un des propriétaires, « Ces œuvres sont peut-être intéressantes pour l’historien d’art que vous êtes, mais n’intéressent personne d’autre, elles sont tout simplement invendables. »

L’exposition fut montée en deux mois à peine : je rédigeais rapidement un catalogue où, faute de pouvoir commenter en détail les œuvres, tâche difficile sinon impossible à l’époque, je m’efforçais d’inclure tant bien que mal une substantielle partie documentaire. Ouverte au mois d’avril 1987 à Francfort, l’exposition rencontra un indéniable succès2, car le public allemand était sensible à la qualité expressionniste de l’œuvre de Larionov, une œuvre étroitement liée à la création du groupe munichois Der blaue Reiter (Le Cavalier Bleu) avec lequel Larionov avait entretenu des contacts suivis au cours des années 1910, 1911 et 1912. Ayant établi à Moscou des rapports amicaux avec Vassily Kandinsky, Larionov avait invité plusieurs membres de ce groupe à participer à ses entreprises moscovites. En 1912, il avait à son tour pris part à Munich, à la deuxième exposition du « Cavalier Bleu ».

Mon authentification des œuvres de Mikhaïl Larionov fut unanimement acceptée ; cette attribution fut immédiatement suivie dans le milieu professionnel par des collègues américains et européens qui rédigèrent rapidement des catalogues d’exposition pour des œuvres ayant la même provenance. Ces expositions3 eurent lieu dans des galeries privées de Zurich, Stockholm, New York et Montréal, de même qu’au Musée d’Art Moderne de Winnipeg (Canada).

Par ailleurs, comme j’allais l’apprendre au cours de l’instruction de la bouche de François Daulte4 , Madame Tomiline-Larionov, veuve du peintre, avait également confirmé l’authenticité de ces œuvres, le catalogue de mon exposition de Francfort lui ayant été montré en mai 1987. Ainsi au cours de l’année 1987 les œuvres sur papier de Larionov de cette provenance gagnaient une indéniable reconnaissance, une notoriété.

Continuant sur la lancée de son succès de Francfort, l’exposition « La voie vers l’abstraction » fut présenté en septembre 1987 au Palazzo Pepoli de Bologne (Italie), ce dans le cadre d’une préfiguration du nouveau musée d ‘art moderne de cette ville5. Revenu à mes recherches sur Malewicz, je considérais cette expérience comme un chapitre professionnel de ma vie dorénavant clos. De plus, j’étais parallèlement engagé dans une entreprise de grande envergure : je préparais pour un ensemble de musées japonais (Tokyo, Kamakura) une grande exposition « Dada et Constructivisme »6. Ce travail me passionnait ; il me conduisait en même temps dans une direction fort éloignée des préoccupations expressionnistes et rayonnistes de l’abstraction lyrique de Larionov.

 

1

Michail Larionov : la voie vers l'abstraction. Der Weg in die Abstraktion. Catalogue bilingue par A. Nakov (commissaire de l'exposition).

Présentations :
a)  Schirn Kunsthalle, Francfort, du 9 avril au 24 mai 1987.
b)  Pinacoteca di Bologna, Palazzo Pepoli, Bologne, du 4 septembre au 26 octobre 1987.
c)  Musée d'Art et d'Histoire, salles du Musée Rath, Genève, du 10 mars au 24 avril 1988.

2

Voir dans l’annexe bibliographique les articles ayant commenté l’exposition de Francfort au cours de l’année qui a suivi son ouverture, c’est-à-dire avant le lancement du « scandale » genevois, avant avril 1988.

Bibliographie de l'exposition [  ]

3

• Galerie Schlegl, Zurich, du 22 mars au 16 mai 1987. Catalogue illustré avec introduction par Philipp Ingold, slaviste zurichois.
• Galerie Aronowitsch, Stockholm, nov.-déc. 1987. Catalogue illustré (grand format) comprenant des textes de J. Bowlt, slaviste et universitaire américain et A. Parton, historien d'art anglais, auteur d'une thèse de doctorat sur Larionov. Cette thèse sera publiée en 1993 sous le titre Mikhail Larionov and the Russian Avant-garde, Thames & Hudson, Londres.
A New Spirit, Galerie Barry Friedman Ltd., New York, nov. 1987, exposition collective incluant entre autres plusieurs pastels de Larionov de la même provenance. Catalogue illustré avec introduction de J. Bowlt.
• Trois pastels de la coll. R. Boulée, Paris sont inclus dans l'exposition 1912 - Brake up of Tradition/Traditions et ruptures, Winnipeg Art Gallery,Winnipeg, Canada, du 7 août au 4 octobre 1987, organisée par l'historienne d'art canadienne Louise d'Argencourt (Les œuvres sont commentées et illustrées dans le catalogue : cat. n° 54 et 163, ill. p. 133 et cat. n° 162, ill. p. 130).
• Exposition d'encres de Chine organisée à Montréal, été 1987, par la galerie Geerbrandt. En guise de catalogue fut publié un dépliant illustré.

4

Ceci eut lieu le 14 mars 1995 au cours d’une confrontation ordonnée par la juge genevoise.

5

La réception fut aussi enthousiaste qu’à Francfort. Je citerais pour l’exemple l’article de Claudio Spadoni, « Futurista dell’Est - L’avanguardia di Larionov a Bologna » in Carlino Terza, Bologna le 19 octobre 1987.

6

Élue au Japon une des « dix meilleures expositions de l’année », cette exposition fut présentée au printemps 1989 au Centre Reina Sofia de Madrid.

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