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MIKHAIL LARIONOV

La voie vers l'abstraction

Vint ans après :
des « faux »
qui étaient…
vrais

Suite : Une histoire censurée »

Au début des années 1980, est apparu en Europe occidentale (initialement à Paris, puis à Berlin, Zurich et Stockholm) un grand ensemble d’œuvres sur papier de Mikhaïl Larionov. Il était composé de plusieurs centaines de pastels, gouaches, aquarelles, encres de Chine, dessins aux crayons de couleur et autres techniques. Au cours de l’hiver 1984-85, on m’a demandé à plusieurs reprises d’authentifier des pastels, des gouaches et des aquarelles. Ces œuvres, inconnues jusqu’alors, m’ont d’abord été présentées avec des références fantaisistes, autant dire qu’elles n’avaient pas une provenance facile à vérifier. A ce moment, les archives soviétiques de même que celles de la veuve de l’artiste étant inaccessibles, il était pratiquement impossible d’effectuer des recherches documentaires permettant d’établir de façon indiscutable la provenance de cet ensemble.1 Le jugement visuel, matériel et proprement stylistique restait en conséquence le seul moyen permettant leur attribution.

La grande majorité portait la signature ou bien le monogramme de l ‘artiste en caractères cyrilliques. Le plus souvent, ce furent des œuvres de très grande qualité, et, dans certains cas, d’un type alors encore inconnu dans la production du peintre. Les œuvres que j’ai eu à examiner, semblaient toutes dater de l’époque russe de l’artiste, c’est-à-dire d’avant l’été 1915. A ce moment, des œuvres sur papier de Larionov de ce type et de cette époque étaient peu connues en Europe occidentale et comme d’autres créations de la même mouvance définie comme « l’avant-garde russe » restaient très peu étudiées, gravement oubliées.

Répondant à une invitation de Diaghilev, en juin 1915 Mikhaïl Larionov quittait Moscou pour Lausanne en pensant revenir peu après en Russie. Gravement blessé sur le front – occidental (russe), le peintre s’apprêtait à effectuer un séjour de convalescence tandis que sa compagne Nathalie Gontcharova répondait à une commande de travail pour les décors des productions scéniques de l’impresario Serge Diaghilev, déjà célèbre hors des frontières russes. Profondément éprouvée par la blessure sur le front, la santé du peintre allait avoir par la suite une incidence néfaste sur sa création picturale, celle-ci ne faisant que décliner au cours des années vingt et trente et se dégradant encore plus fortement par la suite. Il ne serait pas exagéré de dire qu’il y deux peintres Larionov : avant et après 1915.

Partant de façon quasi improvisée pour un voyage qui se dessinait pour quelques semaines, au plus quelques mois, Larionov avait laissé l’ensemble de son atelier à Moscou. Installé définitivement à Paris à partir de la fin de l’année 1917, il a tenté au cours des dix années à venir de récupérer son œuvre russe. Au terme de grands efforts, il parvint au milieu des années 1920 à recevoir de Moscou un certain nombre de tableaux (huiles sur toile) de même qu’il put récupérer en Allemagne des tableaux qui, après l’exposition parisienne de 1914, avaient été expédiées au galeriste berlinois Herwarth Walden, en vue de leur future présentation dans sa galerie « Der Sturm ».

 

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Les archives soviétiques de même que celles qui se trouvaient aux mains de la veuve parisienne de l’artiste restaient pratiquement inaccessibles. À l’époque, c’était d’ailleurs le sort d’une grande partie de la documentation concernant l’avant-garde russe, domaine qui depuis la chute du mur de Berlin a connu un essor sans précédant. En raison de l’état de santé de la veuve de l’artiste et en raison de sa dépendance de son marchand François Daulte cette documentation, disparue depuis la mort de Mme Tomiline-Larionov manque cruellement aux chercheurs. Cette situation est bien relatée dans la correspondance que Mme Tomiline-Larionov a entretenue avec sa sœur cadette Xenia. J’ai pu accéder à cette documentation moscovite grâce au travail de Monsieur Reijevski, avocat russe de la famille de Mme Tomiline-Larionov.

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